Le grand classique pyrénéen, Ara montanha, est une bourrée planière d’Ariège ou planerade, dansée en ligne en face à face en changeant de partenaire sur le côté tout les deux pas. (Lire l’explication en schéma sur dansetrad.)
L’air est joué sur deux voix, au clari et à l’aboès.
1. Ara montanha (clari)
Cet air est souvent joué en bal. C’est un grand classique. Il chante le désir et la joie de la jeune fille d’aller danser à la fête malgré les mises en garde de la mère; une façon de défier les règles et usages traditionnels et de s’extraire de l’assignation au genre.
Pierre Rouch au clari.
Paroles :
Ara montanha ma maire, ara montanha Ara montanha ma maire, ara montanha Ara montanha qu’en jòguen deth violon, ma maire Ara montanha qu’en jòguen deth violon! Tu lo sabes mamá, Soy una niña buena Siempre dispuesta Pero es que a veces…. Se’n jòguen gaire, ma maire, se’n jòguen gaire Se’n jòguen gaire, ma maire, se’n jòguen gaire Se’n jòguen gaire, i cal anar a dançar, ma maire Se’n jòguen gaire, i cal anar a dançar! Se vas en dança ma hilha, se vas en dança Se vas en dança ma hilha, se vas en dança Se vas en dança ton marit te’n batrà, ma maire Se vas en dança, ton marit te’n batrà! Se’m bat qu’em bate ma maire, se’m bat qu’em bate Se’m bat qu’em bate ma maire, se’m bat qu’em bate Se’m bat qu’em bate jo que m’i tornarei, ma maire S’ei valent qu’em bate, jo que m’i tornarei! Ah! ah! ah! ah! Se’n jòguen gaire, ma maire, se’n jòguen gaire
Se’n jòguen gaire, ma maire, se’n jòguen gaire
Se’n jòguen gaire, i cal anar a dançar, ma maire
Se’n jòguen gaire, i cal anar a dançar!source: https://lyricsondemand.com/alide_sans/ara_montanha
Une illustration ébouriffée par l’aranaise Alidé Sans.
2. Ara Montanha à l’aboès (voix 2)
Wilfried Abo à l’aboès.
Version d’Ara montanha de plein air, 22 juin 2009. (mise en ligne Joan Peiroton). Voir aussi une version dépaysante en Calabre sur cette page.
Wilfried nous apprend un vieux nadau très populaire en Béarn et plus généralement en Occitanie : Sonatz campanetas,Sonnez petites cloches.
Avec d’autres chants de Noël il a fait l’objet d’un collectage du centre de documentationdu Centre Occitan des Musiques et Danses Traditionnelles(COMDT) publié en 2021, que le centre détaille sur son site comme un « enregistrement de chants en gascon et d’airs interprétés à la flûte à trois trous et au tambour à cordes dans le cadre d’une messe de minuit [à Sauvagnon, 64]. Les chants sont interprétés par un ensemble vocal féminin. »
Au clari la seule difficulté consiste à jouer le DO #.
En musique :
Et en notes :
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En illustration, nous retrouvons Wilfried avec Les Amis Chanteurs de Luchon. (enregistrement 26 janvier 2023 et paroles ci-dessous). Ici on prononce campanetès.
Paroles :
Sonatz campanetes : (Version luchonnaise)
Sonatz campanetes, trindatz carilhons
Sonatz es aubetes,
cantatz angelons !
A Nadau en ua tuta sauvatge
A Bethléem a miejanet
Eth Hilh de Dieu s’ei hèit mainatge
Dab era palha per son lheit.
Eths anges a tota volada
Ath barri de cada pastor
Que les canten aquera aubada :
Vos ei neishut un Sauvador !
Cada an cantaires de Banheres
Ta Nadau mos hen un plaser
De vénguer cantar ‘ra misseta
Mossur eth curè qu’ei bien content !
Et en bonus, voici un enregistrement émouvant de Joan-Miqueù Espinasse, faisant revivre l’interprétation d’une grande dame de la transmission des chants béarnais, Marie Archidec, ici accompagnée virtuellement à des décennies de distance par Jean Paul Saintorens à la boha.
Musique traditionnelle, la Gale est un rondeau de Gascogne. Il en existe plusieurs versions dont celle de Commensaq (Haute Lande) et celle du bazadais.
Guyenne et Gascogne se jouxtent ici.
La chanson parle bien de ces démangeaisons dues à un parasite et qui se transmettent en chaîne. D’où ce rondeau… :-))
Dans le collectage de Jean Moureu ci-dessous on entend nettement les paroles du chanteur : « On t’as carcat la gale, cosin ./. » (Site Occitanica.)
Quin te va l’aulhada, aulher ? (Comment va ton troupeau, berger ?) en Sol est un branle d’Ossau. Comme tout ces branles béarnais l’air est répétitif et lancinant.
Les deux branles Quan io eri hilha a marider et Quin te va l’aulhada se jouent l’un à la suite de l’autre, produisant un très joli passage de Do mineur à Sol comme on l’entend dans la vidéo en bas de page.
Illustration sonore par Canicula
Disque « Cantas & Danças de Gasconha » Coproduction Menestrèrs Gascons & Ventadorn, 1983. Les instruments utilisés ne sont pas tous du domaine gascon, mélange que revendiquent les musiciens.
– Jean Baudoin : bohas, flaüta e tamborin, flaüta de sheis traucs, pifre, guitarra, sonsaina, votz e trucalhas.
– Jacques Baudoin : vriulons, sonsaina, caremèra, votz e trucalhas.
– Joan Francés Tisnèr : acordeons, clarin, votz e trucalhas.
Quin te va l’aulhada, aulhèr, Quin te va l’aulhada Plan que’m va l’aulhada augan L’an qui vien dilhèu pas tan (Comment va ton troupeau berger, /comment va ton troupeau (de brebis), / Il va bien mon troupeau cette année. /L’année prochaine peut-être pas aussi bien)
An passat capsus Bagès, la tèrra desirada Lo matin son a l’omprèr Lo vrèspe a la solana
(Les bêtes sont passées au-dessus de Bagès * / l’herbe convoitée / Le matin elles sont côté ombre /L’après-midi à la soulane.)
‘Lavetz que hètz vos aulhèrs? Dromim dens la cabana Pensam a har lo miussat Lèu après la lhevada
(Alors que faites-vous bergers, / Nous dormons dans la cabane / Nous pensons à faire le laitage de pain émietté /Vite après le lever.)
Puish quan èm arregolats Batem la calhada De çò qui èm drin fatigats Drin luenh qu’ei l’aigueta
(Puis lorsque nous sommes rassasiés / Nous battons le caillé /De cela nous sommes un peu fatigués /Un peu loin se trouve l’eau.)
Cèrtas, n’èm pas tròp talats Sovent bevem leitòta Çò qui’ns da plan de chagrin Las crabas que mancavan
(Certes, nous ne nous plaignons pas / Nous buvons souvent du petit lait / Ce qui nous fait bien peine /Les chèvres en maquaient.)
En passant a l’arrèr plan S’i son esvarjadas Los carboèrs de Lavedan Las i an espleitadas.
(En passant sur le revers du plateau / Elles s’y sont effrayées / Les charbonniers de Lavedan / En ont tiré profit.)
« La petite pomme » ariégeoise n’en finit pas de rouler dans les doigts de tous les instrumentistes et dans toutes les versions possibles et imaginables.
Voici au hautbois par Pierre Rouch, quatre versions de cette célèbre bourrée : en E mineur, G mineur; G majeur maj et Ut.*
Et ci-dessous avec les chants intercalés.
Et une vidéo de la danse animée par le groupe Castanha é Vinovèl avec leurs invités: Pasatrés.
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L’échelle de mi mineur naturel est : mi, fa♯, sol, la, si, do, ré, mi. Sol min : sol, la, si♭, do, ré, mi♭, fa, sol. Sol maj : sol, la, si, do, ré, mi, fa♯, sol . (armure égale à celle de Mi min mais la gamme se développe à partir du Sol) Ut maj : do, ré, mi, fa, sol, la, si, do.
S’il est un chant traditionnel qui est joué et chanté en solo, en choeur, à 2 ou plusieurs voix, sur tous les tons et avec toutes les harmonisations instrumentales possibles, c’est bien celui-ci.
Pour l’atelier, on étudiera le grand Hautbois du Couserans et le petit Clarin de Haute-Bigorre qui se répondent.
Enregistré par un grand nombre de groupes, cet air est ici dans une version vocale.
L’AUTE JÒRN DINS L’ORT
(Béarn)
L’aute jorn dins l’ort L’entenderi que plourava (X2) E io que me’n aprochavi Li diguerei en sospirant Malurosas son las filhas Qui se’n fisen aus galants (X2)
Traduction :
L’autre jour dans le jardin /Je l’ai entendue pleurer /Et moi qui m’approchais /Je lui ai dit en soupirant /Malheureuses sont les filles /Qui se fient aux galants
Un pasodoble au clari de Bigorre ? Si, c’est possible. Après tout il ne s’agit que de passer la crête des Pyrénées pour cette musique ibérique, très tôt francisée dans le Sud-Ouest.
Si le pasodoble a eu peut-être pour naissance lointaine, au XVIIIe s., l’entrée martiale des toreros dans l’arène, et s’il est toujours une musique liée à la corrida, il est néanmoins devenu rapidement une danse de salon. Hors ce contexte, il reste une musique populaire festive sur son rythme binaire d’origine.
« Ella se casa », Elle se marie, au clari. (Histoire d’une femme qui quitte son mari et il est malheureux.) 2 voix.
1ère voix :
2e voix :
Bonne tablée et joyeuse humeur pour fêter la sortie de confinement en musique en octobre 2020. Ici avec une sympathique bande de bouilleurs de sons et trois clari pour faire bonne mesure.
Exercice du jour : chanter au « Tralala » le Branlo airejant !
Entendu lors des veillées, le « chant au Tralala » est un chant sans paroles qu’on pratique dans plusieurs régions, entre autres l’Auvergne, le Limousin, les Pyrénées (où il était bien plus courant de l’entendre que d’entendre jouer du hautbois).
Qu’ils le débutent avant le chant lui-même, ou bien qu’ils le reprennent à sa suite ou encore qu’ils l’insèrent à différents moments du chant, le ou les chanteurs adoptent des intonations variées lors des tours successifs, ce qui vient soutenir la danse et la relancer.
…afin d’accompagner et de mieux traduire le mouvement de la danse. (« Musiques et danses traditionnelles en Couserans ». cf. Malette pédagogique « Musiques et danses traditionnelles en Couserans ». (Edition COMDT Toulouse Occitanie, IA 31, DRAC.)
Le Tralala est créé sur des onomatopées, quelques syllabes ou des allitérations et parfois il imitera des instruments. Il produit des effets multiples :
Ces onomatopées sont mélangées aux paroles et on y entend les voyelles du texte, alors que les consonnes (uniquement des « t », « d » et « l ») assurent la plus petite découpe rythmique possible. Le chanteur passe du tralala aux paroles et des paroles au tralala sans complexe, à son bon gré, de façon à donner à la danse de la spontanéité et de la surprise. (AMTA)
En voici deux exemples chantés en Couserans sur l’air connu Eths caulets quan son geladis, extraits de la Malette pédagogique « Musiques et danses traditionnelles en Couserans ». On remarque, à la suite du Tralala (n°1), l’introduction de l’air au clari.
1. Tralala Eths caulets par Prosper Mahenc
2. Tralala Eths caulets par Alain Servant
D’autres exemples en Puy-de-Dôme (3) et Cantal (4).
Souvenons-nous que l’Occitanie ne s’arrête pas à notre piémont Pyrénéen ni au territoire de la France métropolitaine. Elle déborde en effet en Italie, dans les Valadas occitanas où l’on parle le dialecte vivaro-alpin et beaucoup plus au Sud, en Calabre, où nos cousins de La Gàrdia se rappellent à nous.
Guardia Piemontese est une commune italienne de 1 558 habitants située dans la province de Cosenza [qui] a la particularité d’être une île linguistique occitane du sud de l’Italie. Fondée au XIIème siècle par des réfugiés vaudois de Bobbio Pellice dans le Piémont…/. (source : https://www.comune.guardiapiemontese.cs.it/?page_id=271)
Depuis des siècles ils parlent donc en lenga nosta (https://www.comune.guardiapiemontese.cs.it/?page_id=166&lang=en) et pratiquent forcément les chants d’Occitanie. Ici Ara montanha, chanté par deux jeunes femmes portant la coiffe et le dournë, riche costume traditionnel de mariage. Arianna Roselli (chant) – Rosalinda Roselli (chant et vielle à roue).